Sonnet (Malherbe)

Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle,
C’est une œuvre où nature a fait tous ses efforts ;
Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,
S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.
 
La clarté de son teint n’est pas chose mortelle ;
Le baume est dans sa bouche, et les roses dehors ;
Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,
Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.
 
La blancheur de sa gorge éblouit les regards ;
Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,
Et la fait reconnoître un miracle invisible.
 
Et ce nombre infini de grâces et d’appas,
Qu’en dis-tu, ma raison ? crois-tu qu’il soit possible
D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas ?

 

PS : j'ai lu parfois "reconnaître" au lieu de "reconnoître"(en fait reconnoistre), je crois pourtant qu'il est important de garder la forme ancienne ou au moins sa sonorité déjà parce que c'est celle qui a été voulu par l'auteur ensuite parce que même en 2010 tout le monde devine la signification de ce verbe et enfin ce sonnet sonne beaucoup moins bien avec "ai" au lieu de "oî" brisant quelque peu l'harmonie sonore(douceur, éblouit, reconnoître,soit). Et puis sinon pourquoi ne pas changer Caliste en Carla tant qu'on y est!