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Haïr et railler sans chercher à comprendre, chercher à comprendre serait une faute morale. Inexcusable? Oui, sans doute. Inexplicable? Hélas, non.
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Haïr et railler sans chercher à comprendre, chercher à comprendre serait une faute morale. Inexcusable? Oui, sans doute. Inexplicable? Hélas, non.
Les repères vacillent. Des concepts font trembler ses fondations, il ne sait plus comment vivre, essaie de changer mais les autres ne font rien et semblent satisfaits de ne rien faire, c'est insupportable. Les études auraient dû lui ouvrir l'esprit et voilà qu'il s'est transformé en inquisiteur aussi dur avec ses proches qu'avec lui-même, il insulte un ami qui ne donne pas de pièces à un SDF, admoneste un autre qui manifestement ne comprend pas ou ne fait pas l'effort de comprendre les livres qu'il lit alors qu'il en a la capacité. Médiocrité, médiocrité partout, dans chaque molécule, alourdissant l'air que l'on respire, l'heure est aux pics de médiocrité et nul ne semble vouloir réagir, il les voit s'enfermer dans des vies qu'ils disaient détester, changent juste quelques détails, se parent des oripeaux de l'époque ceux qui annihilent dans l'instant présent toute capacité de jugement et joue à se complaire là dedans, heureux ou malheureux, parce qu'il faut bien ressentir quelque chose comme on ferait travailler un muscle. La chair est flasque, l'os se creuse, les corps se dévitalisent, le modèle bat de l'aile. Y'a-t-il encore une possibilité de régénérer tout cela, nul ne se souvient de l'instant précis de sa mort symbolique, de son passage à l'état de zombie, de temps à autre, un hurlement le réveille, il pousse un caddie dans un supermarché, il remplit un panier sur un site internet, il consomme, il consomme parfois il n'en a nulle envie, il pourrait s'en passer mais tout le pousse à consommer dans la limite de ses possibilités voire à dépasser ces limites ainsi il aura l'impression d'investir sur l'avenir, de réussir à avoir quelque chose qu'il ne pourrait normalement pas avoir et pendant quelques secondes il se sentira vivre, il possèdera, capitalisera, il se sentira revivre mais ce sentiment filera très vite, lui échappera comme l'eau entre les doigts, se perdra, le bruit du cercueil qui racle le corbillard reviendra à sa mémoire, il sentira qu'il ne faut pas trop qu'il y pense, qu'il ne faut pas trop qu'il pense tout court, il faut qu'il s'occupe, qu'il joue, qu'il regarde qu'il surfe, qu'il fasse plusieurs choses en même temps qu'il soit débordé de ne rien foutre de réellement vital, il multiplie les manières de perdre son temps, évite de s'arrêter, pas de pause, continuer sa route, avale et recrache l'eau croupie des fontaines médiatiques, de toutes façons il se fout bien de tout cela. Pourtant, parfois en rentrant chez lui, il voit des gens qui dorment dans les rues tandis qu'il repense à la partie qu'il vient de perdre, il repense qu'il a fait la vaisselle alors que ce n'était pas son tour de la faire, à des petits boutons sur la figure, à sa chevelure qui se disperse, à des pépins administratifs, des histoires de place de parking, de révision automobile surfacturée, de voisins détestables, il pense à des plats cuisinés alors que même un yaourt pourrait le faire dégueuler tant il en a plein la panse, il souffre terriblement de ne pas vraiment souffrir dans un monde ou d'autres souffrent tant, il se sent impuissant mais il n'y pense que par moments.
J’aime les gens qui lisent seuls dans les bois. Les lignes les dévorent, les blancs cernés de caractères toujours très noirs les mordent et voilà que leurs peaux se tendent, leurs lèvres inférieures viennent glisser sous leurs incisives. Leurs yeux sont comme des cibles où des traits viennent se fondre, ils suivent ce langage élastique aux secrètes tensions, l’imprimé fait des vagues comme un canot rapide qui trace son sillon dans des fleuves neuronaux. Le sens gagne cette guerre silencieuse, ils pourraient lire à haute voix, ils sont seuls, mais la plupart du temps ils ne le font pas. Communions secrètes sous des feuilles qui bruissent. Laisser filer les étoiles qui brillent sous les crânes, connexions secrètes, concaténations invisibles que seule la science pourra peut-être démêler sans expliciter, mystère intérieur de chaque être que les lois de la physique ne pourront sans doute résorber, méditation, foi, quête intérieure, spirituelle harmonie. Que vous disent ces pages je n’entends que nenni et vos corps bougent peu, que vous susurrent-elles, ces dames maquillées d’encre, nombreuses et si changeantes ?
Ce n'est rien
Pas grand chose,
Pauvre cause,
Peur des liens?
Cliquetis de clés dans poches
Gazouillis dans ciel bleu stéréo
Semelles torturées par le bitume
La marche solitaire est une amie muette
Sous un ciel sans age
Des pensées éclosent
se laissent porter par les vents
se dissipent dans l'air du temps
Si difficile de ne pas céder
Les sirènes scient nos rêves
les découpent en chantant
leurs copeaux échangent des 06
sous les regards amusés des bombyx.
Ouah, Ouah ou Wah, Wah
J'écris sur le Moi
J'écris sur le toit
J'écris sur de la soie
J'écris sûr de ma voix
que l'on n'entend pas
mais que l'on perçoit
là où le blanc se perchera
le trou m'aspirera et m'engloutira
en rotant sa joie.
J'écris sur le toit
Je n'ai plus le choix
de là haut je vois
de petits reliquats
comme moi
qui me laissent coi.
J'écris sur de la soie
Fibre de mots et tendres émois
tangue la coquille de noix
ivre de l'eau où mes larmes se noient
J'écris sur le Moi
Je vis sans foi,
J'obéis à toutes lois
Je ris et j'aboie
le bruit est ma voie
sous la honte je ploie
Là où le noir se broie
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